Au sujet de la célébration de la Sainte Messe en général et « ad Orientem » en particulier, voici ce qu’écrivait en 2018 le Cardinal Robert Sarah, alors Préfet de la Congrégation pour le culte divin et la discipline des sacrements :

… « la Constitution sur la Sacrée liturgie du concile Vatican II […] Sacrosanctum concilium n’est pas de facto un simple catalogue de « recettes de réformes » mais une réelle “magna carta” de toutes les actions liturgiques.
Avec elle, le concile œcuménique nous donne une magistrale leçon de méthode. En fait, loin de s’être satisfait d’une approche disciplinaire ou extérieure, le concile veut nous faire réfléchir sur ce qu’est la liturgie dans son essence même. La pratique de l’Église vient toujours de ce qu’Elle reçoit et contemple de la Révélation. La charité pastorale ne peut pas être déconnectée de la doctrine.
Dans l’Église, « ce qui relève de l’action est ordonné et soumis à la contemplation » (SC2). La constitution du concile nous invite à redécouvrir l’origine trinitaire de l’action liturgique. De fait, le concile établit une continuité entre la mission du Christ Rédempteur et la mission liturgique de l’Église ». « De même que le Christ fut envoyé par le Père, ainsi lui-même envoya ses apôtres », afin que « par le sacrifice et les sacrements autour desquels gravite toute la vie liturgique » ils accomplissent « cette œuvre de salut ». (SC6)
L’actualisation de la liturgie n’est donc rien d’autre que l’actualisation de l’œuvre du Christ. La liturgie dans son essence est « actio Christi ». [Elle est] l’ »oeuvre de la rédemption des hommes et de la parfaite glorification de Dieu » (SC5) « Il est Celui qui est le grand Prêtre, le vrai sujet, le véritable acteur dans la liturgie » (SC7). Si ce principe vital n’est pas accepté dans la foi, il y a le risque de faire de la liturgie, une auto-célébration de la communauté à travers une œuvre humaine.
En revanche, le vrai travail de l’Église consiste à entrer dans l’action du Christ, en s’unissant à cette œuvre qu’Il a reçu comme une mission du Père. Donc, « la plénitude du culte divin nous a été donné », puisque « Son humanité, unie à la personne du Verbe, était l’instrument de notre salut » (SC5). L’Église, le Corps du Christ, doit donc devenir à son tour un instrument dans les mains du Verbe.
Tel est le sens ultime et le concept-clé de la Constitution conciliaire : la « participatio actuosa » (participation active). Pour l’Église, cette participation consiste à devenir l’instrument du Christ – le Prêtre – dans le but de partager Sa mission trinitaire. L’Église prend part activement à l’action liturgique du Christ dans la mesure où elle est son instrument. En ce sens, parler de « communauté célébrante » n’est pas dépourvu d’ambiguïté et nécessite de la prudence. (Instruction Sacramentum Redemptoris, n. 42). La « Participatio actuosa » ne doit pas alors être conçue comme la nécessité de faire quelque chose. Sur ce point, la doctrine du Concile a souvent été déformée. C’est plutôt l’idée de laisser le Christ nous prendre et nous associer à Son sacrifice.
La « participatio » liturgique doit donc être conçue comme une grâce du Christ qui « associe toujours l’Église avec Lui. » (SC7) Il est celui qui a l’initiative et la primauté. L’Église « l’appelle son Seigneur, et par Lui rend un culte au Père éternel » (SC7).
Le prêtre doit donc devenir cet instrument à travers lequel le Christ peut rayonner. Comme notre Pape François nous l’a rappelé récemment, le célébrant n’est pas un présentateur d’un show ; il ne doit pas chercher la popularité de la part de la communauté en se plaçant devant elle comme son principal interlocuteur. Entrer dans l’esprit du Concile signifie, au contraire, disparaître – abandonner le centre de la scène.
Contrairement à ce qui a parfois été soutenu, et en conformité avec la Constitution conciliaire, il convient parfaitement que tout le monde – prêtre comme assemblée – se tourne ad orientem (vers l’orient) pendant le rite pénitentiel, le chant du Gloria, les oraisons et la Prière eucharistique, exprimant [ainsi] leur volonté de participer à l’œuvre du culte et de la rédemption accomplie par le Christ. Cette façon de faire pourrait être avantageusement mise en place dans les cathédrales où la vie liturgique doit être exemplaire (SC 4). »